Claire Estryn
Après une première carrière en qualité de juriste d’entreprise, Claire Estryn se consacre à la photographie qu’elle présente sous la forme d’histoires de vie et de reportages documentaires et réalise des œuvres qui allient l’image au texte.
Elle a publié un premier ouvrage intitulé :
Dix semaines à New York
Ten weeks in New York
Il s'agit de,
Clins d’œil sur un New York inhabituel. Pendant 10 semaines, de novembre 2008 à janvier 2009, l’auteur a séjourné à New York, au cours de la période particulière de l’élection de Barack Obama. Elle raconte, jour après jour, des histoires sur le mode de vie des New-yorkais et décrit des lieux originaux, loin de ceux visités par les touristes, le tout illustré de nombreuses photographies et en version bilingue français-anglais.
Glimpses on an unusual New York. From November 2008 until January 2009, the author stayed in New York during the particular period around Barack Obama’s election. She tells daily stories about the New Yorkers’ way of life and describes unusual places, far from those for tourists, the whole illustrated by many photographs and a bilingual French-English version.
Lien pour voir le magnifique Album de Claire Estryn
Elle aura bien d'autres ouvrages photographiques à venir dans ses cartons, qu'elle exposera à chaque retour de voyage.
+ ENTRETIEN (cf. en bas de page)
LE JOURNAL de Claire Estryn...
Février 2012
Une visite à New York
Je me suis rendue à nouveau à New York pour une courte visite cette fois. Bien m’en a pris, il a fait plus chaud à New York qu’à Paris, ce qui est paradoxal car les hivers newyorkais sont réputés pour leur froidure. J’ai pu ainsi visiter et revoir des endroits qui évoluent sans cesse, dont le chantier de Ground Zero pour en voir l’avancement des travaux. Puis je suis allée m’aérer sur la High Line, et ainsi prendre ces quelques photos (ci-dessous) que je souhaite partager avec vous.
Ground Zero :
Depuis le 11 septembre 2011, 10 ans après la destruction des deux tours jumelles, une partie du chantier est ouverte au public ; on peut s’approcher de l’un des deux monuments commémorant les victimes des attaques terroristes. Il s’agit d’un très grand plan d’eau, carré sur trois niveaux avec de l’eau formant des chutes qui se jettent dans une sorte de trou au milieu. L’impression que l’on ressent devant ce monument est très forte avec la sensation d’être aspiré par ce trou central dont on ne perçoit pas les limites. Enfermant ce plan d’eau, des plaques de marbre ont été gravées avec le nom des victimes et des sauveteurs. Tout autour, les constructions s’élèvent peu à peu, en particulier la Freedom Tower (tour de la liberté) qui doit atteindre 1776 miles, date de l’Indépendance de l’Amérique.
La High Line :
Confluence entre la nature et l’urbanisme, la High Line ou ligne haute est une promenade créée tout récemment sur une ligne de chemin de fer devenue obsolète dans le quartier ouest de la ville de New York et sur plus de 3km. À l’origine, cette ligne servait à transporter la viande dans le quartier dit Meatpacking où œuvraient les grossistes qui ont migré depuis vers d’autres lieux. Les riverains, attentifs à conserver les traces du passé, ont fait en sorte que cette ligne abandonnée ne soit pas détruite mais transformée en parcours de nature et de promenade, en hauteur surplombant les rues avoisinantes, à l’instar de la promenade plantée de Paris (La Coulée Verte) qui les a inspirés. Un premier tronçon a été ouvert au public il y a plus de deux années et, depuis le début de cette année, le parcours a été prolongé d’environ un kilomètre parvenant désormais à son tracé définitif entre la rue Gansevoort et la 34ème rue. En cette saison de l’année où ne subsiste qu’une végétation limitée essentiellement aux graminées, la ligne apparaît clairement dans sa structure avec certains passages très proches des bâtiments, et avec ses rails, mémoire du passé.
fin 2011
Dans le cadre du 20ème anniversaire de la Convention internationale des Droits de l'Enfant, L'Unicef a présenté fin 2011, dans plus de 20 villes de France, dont PARIS en partenariat avec la Ville de Paris, une exposition de photographies "Portraits/Autoportraits 20/20".
Dans le cadre du déroulement de cette exposition, à la Mairie du XVème arrondissement, une photographie de Claire Estryn y fut exposée :
"Tu dois apprendre les maths" leur dit Alkorezni (mathématicien Ouzbek)
Claire Estryn participe à diverses manifestations autour de la photographie. En 2010 elle a remporté le 1er prix du Grand Reportage de la Fédération Photographique de France
Pour les néophytes, la FPF qui rassemble la plupart des associations de photographes amateurs, soit environ 500 clubs répartis sur toute la France, organise des compétitions nationales et publie la revue France Photographie et est membre de la Fédération internationale de l’art photographique (FIAP).
les 20 ans de la chute du mur de Berlin
La photo classée 1ère ayant le titre les 20 ans de la chute du mur de Berlin a été prise à la Cité internationale universitaire à Paris où des étudiants avaient édifié un mur temporaire et l’avaient recouvert de peinture en commémoration avec la chute du mur. Claire Estryn a saisi le moment « décisif » où une personne prenait la pose devant l’une de ces peintures représentant un homme couché accoudé. Cette photo a plu car elle allie l’évènement avec l’humour.
la flaque de lait
Au cours de ce même concours, une autre photo intitulée la flaque de lait a également été primée à la 4ème place; elle racontait la manifestation de producteurs de lait qui distribuaient du lait aux Parisiens à la place de la République en octobre 2009.
Claire nous écrit de New York
26 Décembre 2010
Bonjour Dominique,
Hier, en attendant l’arrivée de notre fils Alexandre venant de Los Angeles, Éric et moi sommes allés faire un tour dans notre quartier à Washington Square où il y avait un joli lancé de bulles qui a fait la joie des petits et des grands. En voici quelques photos. Bonnes fêtes de fin d’année ! Claire
Claire nous écrit de New York
8 Novembre 2010
Halloween à New York
Le 31 octobre de chaque année on fête Halloween. Son nom et ses symboles prennent leur source dans la tradition celte. Les anciens Celtes croyaient que la frontière entre notre monde et l’au-delà était ténue permettant aux esprits (les bons et les mauvais) de passer. Les ancêtres de la famille étaient honorés et invités à la maison pendant que les esprits se tenaient dehors. On pensait aussi que le fait de se déguiser et de porter des masques protégeait des mauvais esprits. Halloween devient de plus en plus populaire avec l’influence des Américains originaires du sud comme les Mexicains qui ont pour habitude de fêter leurs morts à la Toussaint de façon familière et joyeuse à la différence de l’Europe où l’on se recueille tristement. Halloween envahit la ville ; les pas de porte des maisons sont décorés de citrouilles creusées en forme de visages, des squelettes pendent dans les arbres. Les enfants ne sont pas en reste. Des animations avec déguisements sont organisées pour eux dans Central Park. Cette année ce sont les pirates qui sont à l’honneur chez les garçons et les filles aiment toujours les costumes de princesse. Le soir c’est au tour des grands de faire la parade sur la 6ème avenue. Les déguisements les plus farfelus ou empruntant à l’imagerie des films d’horreur ou fantastiques : squelettes, vampires, fantômes, araignées, loups-garous défilent devant une foule nombreuse qui s’amuse tout autant, un véritable défoulement en cette période de récession économique.
Claire Estryn
ENTRETIEN avec Claire ESTRYN, photographe
CL - Vous revenez de longs séjours aux États-Unis, entre 2008 et 2010, voyages dont vous avez rapporté plusieurs prises de vue...
New York vous évoque-t-il un certain regard sur notre monde ?
CE - New York est une ville très photogénique qui a inspiré bien des photographes et des artistes. Pour moi qui la connais, non seulement comme photographe mais aussi comme résidente, en la comparant à Paris où je vis régulièrement, je voudrais souligner sa diversité qui permet à chacun de trouver sa place. Tous les pays y sont représentés, et chacun s’y sent chez lui dans la mesure où l’Amérique est un pays constitué essentiellement d’émigrants. À la différence de la France où l’on cherche l’intégration voire l’assimilation de l’émigrant, en Amérique, et singulièrement à New York, on fait partie d’une communauté et, à ce titre, on parle souvent au nom de sa communauté. Ainsi il y a une forte communauté française qui se regroupe dans des associations et se soutient autant que faire se peut. La plupart des communautés ont leur journée dans l’année donnant lieu à une parade sur la 5ème avenue (on compte chaque année une cinquantaine de parades, pour la France c’est le 14 juillet).
CL - Quelles sont les photographies (et photographes) qui vous touchent le plus ?
CE - Il est très difficile de choisir un seul photographe. Je préfère parler de courants :
- Comme les photographes dits humanistes qui sont régulièrement exposés en France, tels Willy Ronis, et Doisneau, qui montrent une France à l’ancienne (par exemple : celle du garçon portant béret avec sa baguette sous le bras).
- Dans la photographie contemporaine, j’ai un faible pour Martin Parr qui est une sorte de sociologue des moeurs contemporaines avec des photos assez cruelles sur les gens d’Angleterre ou sur les touristes, par exemple.
- Et aussi l’allemand Andreas Gursky qui présente des photos, en très grand format, représentant des rayons de magasins ou des immeubles, en référence à la société moderne de grande consommation.
CL - Quel est le regard qui vous impressionne le plus, entre celui de La Joconde, celui de Marilyn Monroe, et celui de Picasso ?
CE - Marilyn Monroe, icône des temps modernes parce qu’elle restera à jamais cette petite fille au regard fragile et apeuré sous le glamour d’Hollywood.
CL - Quelles sont les personnes ou/et les personnages que vous ne vous lasseriez pas de prendre en photo ?
CE - Bien que ce soient des sujets difficiles, j’aime bien prendre des photos des enfants, surtout ceux à l’âge de l’école primaire, qui sont si spontanés et si naturels tout en commençant à être autonomes.
CL - En ce qui concerne l'art de la Photographie, quels sont vos photographes préférés ?
CE - La photographie a plus de 150 ans d’existence ; pendant longtemps elle a été considérée comme art mineur, reproduisant le réel. Ce n’est que dans les années 30 avec le mouvement des Avant-gardes qu’elle est devenue un art à part entière. L’un de ses maîtres en a été Man Ray qui a recomposé l’image, créé des images qui n’existent pas dans la réalité. Ainsi, la célèbre photo de Kiki de Montparnasse dos nu à laquelle il a rajouté des éléments de violoncelle. J’aime aussi les photos de Robert Capa, photo reporter qui a photographié la guerre, celle d’Espagne et celle d’Indochine, toujours plus près de l’évènement (il en est mort, tué par une grenade) mais avec un effort pour le cadrage et l’expression.
CL - Quels pays ou quels paysages avez-vous le plus de plaisir à photographier ? Et pourquoi ?
CE - J’aime photographier les paysages urbains qui racontent une histoire et ont été construits par l’homme. Cela peut être pour le meilleur, comme la réalisation d’un bel immeuble fait par un architecte qui a pensé à son environnement ; ou pour le pire, comme les friches urbaines en attente d’un devenir.
CL - Quels sont les textes de la Littérature que vous auriez envie de transposer en photographies ?
CE - La littérature produit des œuvres en soi ; chaque œuvre peut être accompagnée de photographies mais dans ce cas, pour moi, il s’agit davantage d’illustrations qui viennent en soutien de l’œuvre. C’est ce que j’ai fait pour mon livre "Lettres à Georgine" que j’ai illustré de photographies qui reproduisent l’atmosphère, l’ambiance de l’écrit, et où j’ai cherché avant tout à faire une « jolie » photo qui accompagne le texte. La photo en tant qu’expression artistique doit pouvoir se suffire à elle-même et raconter une histoire sans que l’on doive lui apporter d’autres éléments, à l’exception des commentaires. Poèmes et photos peuvent aussi s’associer pour constituer ensemble un projet artistique.
CL - Entre "argentique" et "numérique", que préférez-vous ?
CE - Au début du numérique, on opposait les utilisateurs du numérique à ceux de l’argentique qui se considéraient comme les seuls artistes de la photographie, tout comme les débuts de la photographie opposée à la peinture, seule considérée comme art par rapport à la photographie, une vulgaire reproduction du réel. Mais aujourd’hui, même les très grands photographes sont passés au numérique, car la technique permet désormais de faire des photos en noir et blanc de la même qualité qu’en argentique, et le papier même, utilisé, reproduit parfaitement le baryté de l’argentique. C’est pourquoi, moi aussi je préfère le numérique qui permet d’être responsable de sa photo sur toute la chaîne de production. L’on a dit aussi qu’avec les nouveaux appareils, n’importe qui pouvait se prétendre photographe ou reporter photographe. Mais pour moi, un photographe ce n’est pas reproduire le réel, mais avoir une vraie démarche d’auteur dans la composition, le cadrage, la lumière qui permet de reconnaitre un style, quel que soit le matériel et la technique utilisés.
CL - Quels sont les quelques mots qui résumeraient le mieux vos photographies ?
CE - Humanité, humour, recherche du cadrage.
CL - Quelle est la photographie, prise par vous, qui vous reflèterait le mieux ?
CE - Sur ce point, pour le choix de ma photo préférée, je me référerai à mes «pairs» : j’ai présenté quelques unes de mes photos à divers concours. L’une d’elle a remporté le premier prix du Grand Reportage de la Fédération Nationale de la Photographie en 2010 ; elle fait partie des photos que je qualifierai d’humaniste qui traite d’un sujet du quotidien racontant un évènement ou un fait avec une pointe d’humour, nonobstant la recherche du cadrage et de la lumière.
CL - Si vous n'aviez que 3 objets à emporter sur une île déserte, lesquels choisiriez-vous ?
CE - Bien sûr, un appareil photographique, mais aussi des CD ou un Mp3 avec de la musique. Et un ordinateur, pour écrire et rester en contact avec le monde.
CL - Avez-vous déjà une idée sur votre prochain projet de voyage sur le terrain ?
CE - Je suis en train de préparer un voyage en Louisiane qui se poursuivra par un itinéraire sur la route du blues.
Bon voyage, Claire, pour ces futures photos en rythm' & blues sur la Louisiane.
Et merci d'avoir mis votre appareil photo sur pause quelques instants pour répondre à cet interview
écrituriales
Catherine Lefebvre